Trois registres publics du ministère de l’Environnement décrivent ce que l’activité humaine laisse derrière elle au Québec : les terrains contaminés, les rejets dans l’eau, les émissions dans l’air. Ils sont ouverts, gratuits, et ils vivent chacun dans son coin, dans des formats qui ne se parlent pas. Cette carte les réunit.
Elle se parcourt en trois volets. Terre : plus de onze mille lieux inscrits au répertoire des terrains contaminés, avec l’état de la réhabilitation et les critères de sols avant et après. Air : ce que huit cent cinquante établissements déclarent rejeter chaque année depuis 2012. Eau : les effluents industriels, leur conformité et leurs charges déclarées.
Ce que je n’avais pas prévu de trouver
En 1992, le réseau québécois de surveillance de la qualité de l’air comptait cent sept stations. Il en reste cinquante et une, auxquelles s’ajoutent neuf stations exploitées par la Ville de Montréal et deux stations fédérales. La Gaspésie et les Îles n’en ont plus une seule depuis 2008, et les seules qu’elles aient jamais eues se trouvaient à Murdochville, la ville de la fonderie. Quand la fonderie a fermé, la mesure est partie avec elle.
Ce constat n’était pas l’objet du projet. Il en est sorti tout seul, parce qu’une carte oblige à regarder ce qui n’est pas là.
Trois mesures qui ne se comparent pas
Le piège de ce genre de carte est de tout mettre sur la même échelle. Un terrain contaminé décrit un état du sol, un effluent décrit une conformité, une déclaration d’émission décrit une quantité. Ces trois choses ne s’additionnent pas et ne se comparent pas, et la carte le répète plutôt que de le laisser croire.
Chaque chiffre porte donc son échelle de lecture. Une déclaration de tonnes affiche son rang parmi les déclarations du même contaminant la même année, et sa part du total québécois. Chaque station de mesure affiche ses moyennes annuelles en regard des seuils qui s’appliquent, normes canadiennes de qualité de l’air ambiant et annexe K du règlement québécois. Un dépassement de seuil y est nommé pour ce qu’il est, un dépassement de seuil, jamais un constat officiel de non-respect.
Ce que la carte ne dit pas non plus : ce que les gens respirent réellement. Une déclaration en tonnes ne se traduit pas en concentration dans l’air d’un quartier. Seule une station de mesure le peut, et c’est précisément ce qui manque.
Le registre qui n’existe pas
L’essentiel de ce qui est public sur les émissions repose sur ce que les entreprises déclarent elles-mêmes. C’est la pratique partout, au Canada comme aux États-Unis et en Europe, et elle se défend : personne d’autre ne connaît aussi bien un procédé industriel que celui qui l’exploite. Elle suppose seulement un contrepoids, une mesure indépendante qui permette de vérifier. C’est ce contrepoids qui rétrécit.
Plusieurs acteurs privés mesurent déjà, parce qu’une autorisation ministérielle les y oblige. Leurs résultats sortent sous forme de bilans et de communiqués. Un bilan n’est pas une donnée.
Comment c’est tenu à jour
Une tâche quotidienne va chercher chaque source, compare son empreinte à la veille, et n’archive une nouvelle version que si elle a changé. L’archive est répliquée hors de la machine. Ce n’est pas du zèle : entre le 2 et le 9 septembre 2026, le fichier des statistiques de qualité de l’air a changé de noms de colonnes et perdu les données 2025 de douze stations. Sans instantané daté, ce genre de mouvement est invisible.
Ce qui est partagé
- Carte en ligne : pollution.00h11.ca
- Sources, méthode et limites : dans la carte, bouton Sources et méthode
- Données : registres du ministère de l’Environnement, licence ouverte
- Corrections bienvenues, et données bienvenues aussi, publiques ou privées
C’est un document de travail, pas un verdict. Il se corrigera.