Passions
J'ai parié que j'apprendrais Zombie au piano en un mois. J'ai construit l'outil pour le faire.
Petite note avant qu’on commence : je parle de Claude parce que c’est l’outil que j’utilise au quotidien. Ce que je raconte ici fonctionne aussi avec ChatGPT, Gemini, Mistral ou n’importe quelle autre IA conversationnelle qui accepte qu’on lui donne du contexte. La logique est la même, l’interface change.
On s’est acheté un piano. Un Roland RP750, un beau numérique qui prend toute la place dans le salon. Le genre d’achat qui fait que tout le monde dans la maison le regarde pendant deux jours, puis plus personne n’y touche.
Pour que ça ne devienne pas un meuble de plus, j’ai lancé un pari familial : dans un mois, je joue Zombie des Cranberries. Des deux mains. Reconnaissable.
Le problème, c’est que je pars de zéro. Je ne sais même pas où est le do.
Quatre accords et un plan de match
Zombie, structurellement, c’est quatre accords en boucle : mi mineur, do, sol, ré. La mélodie du couplet tient sur quatre notes. Le refrain en utilise cinq. Le riff d’intro, c’est une dizaine de notes qui se répètent.
Quand tu décomposes la chanson comme ça, c’est plus un problème de coordination motrice qu’un problème musical. Et la coordination, ça se drill.
J’ai découpé l’apprentissage en sept étapes :
- Les accords en blocs, main gauche seule
- Les mêmes accords mais décomposés en arpèges (c’est ça qui donne le groove)
- Le riff d’intro, main droite seule
- La mélodie du couplet et du refrain, main droite
- Les deux mains ensemble, ultra lent
- Montée progressive vers le tempo réel (86 bpm)
- La chanson au complet, de l’intro à l’outro
Sept leçons. Une progression linéaire. Pas de raccourci.
Construire l’outil plutôt que chercher le parfait tuto YouTube
Les tutos YouTube pour débutants, il y en a des milliers. Le problème, c’est qu’ils sont tous génériques. Soit trop lents, soit ils sautent des étapes, soit ils ne montrent pas exactement quels doigts vont où.
J’ai fait ce que je fais avec à peu près tout : j’ai demandé à Claude de m’aider à construire un outil sur mesure.
Le résultat, c’est un tuteur piano interactif en React. Un seul fichier, zéro dépendance externe, déployé sur piano.00h11.ca. Un clavier visuel qui illumine les bonnes touches, des numéros de doigts, un métronome visuel, un séquenceur pour le riff et la mélodie, et un mode performance qui guide la chanson au complet du début à la fin.
Le truc que j’ai trouvé le plus utile, c’est la détection de notes en temps réel. J’ai activé le micro de l’iPad pour que l’app écoute ce que je joue et me dise en direct si c’est la bonne note ou pas. Vert si c’est bon, rouge si tu te trompes. J’ai aussi branché le piano en USB et activé le port MIDI, ce qui donne un retour encore plus précis, sans les interférences du bruit ambiant.
C’est comme avoir un prof à côté de toi qui hoche la tête ou qui fronce les sourcils. Sauf qu’il est disponible à 22h30 un mardi.
Les défis (parce qu’il y en a eu)
Construire un outil avec l’IA, c’est pas juste dire « fais-moi un piano » et attendre que ça marche.
Premier piège : la véracité musicale. À un moment, Claude avait changé la convention de placement des doigts entre deux itérations. Si je n’avais pas vérifié, j’aurais appris les mauvais réflexes pendant des jours. L’IA génère du code qui compile, mais ça ne veut pas dire que le contenu est juste. Quand c’est de la musique, de la médecine ou du droit, tu valides toi-même. Toujours.
Deuxième défi : tout faire rentrer sur un iPad 11 pouces en mode paysage. Sept onglets de leçon, un piano visuel, un panneau de détection de notes, un métronome, des objectifs cochables. Sur un écran de cette taille, chaque pixel compte. Il a fallu plusieurs passes d’optimisation pour que ce soit utilisable sans scroller dans tous les sens.
Troisième tentation (la pire) : l’overengineering. Quand tu vois que l’outil prend forme, t’as envie d’ajouter des fonctionnalités. Un mode quiz. Des statistiques. Du machine learning sur ta progression. J’ai dû me retenir activement de transformer un outil d’apprentissage simple en usine à gaz. Le pari, c’est de jouer Zombie dans un mois, pas de construire le prochain Synthesia.
Trois semaines plus tard
Ça fait trois semaines que j’utilise l’outil chaque jour. Les accords rentrent. Les arpèges sonnent. Le riff d’intro est propre. Et depuis quelques jours, je joue des deux mains.
C’est encore très approximatif, pour être honnête. La coordination gauche-droite, ça ne s’installe pas en ligne droite. Tu as des jours où ça coule, et des jours où tes mains ont l’air de ne pas appartenir à la même personne. Mais la progression est réelle, mesurable, et l’outil me garde sur les rails.
Ce qui m’a frappé dans tout le processus, c’est à quel point ça ressemble à n’importe quel projet d’affaires. Tu identifies un objectif, tu le décomposes en blocs gérables, tu itères, tu testes, tu corriges. La seule différence, c’est que le cycle d’itération est compressé. Au lieu de trois sprints, c’est trois heures.
Est-ce que je vais gagner mon pari? C’est serré. Mais le piano n’est plus un meuble.
Si tu veux jeter un œil à l’outil lui-même, le code est ouvert sur GitHub et les détails techniques sont sur la fiche projet dédiée.
Et toi, t’as un truc qui traîne chez toi et qui attend juste un bon prétexte pour servir?