Il y a quelques fins de semaine, on est allés désherber le champ d’ail avec ma conjointe.

Le désherbage manuel, c’est une tâche que j’aime pas particulièrement. Mais elle est essentielle si tu veux un champ qui donne quelque chose. Alors on y va.

Après quelques heures à quatre pattes dans la terre, j’étais tanné. Et surtout, je trouvais qu’on récoltait de moins en moins chaque année. Ça fait six ans que le champ d’ail est là, et d’année en année, il y a moins d’ail, moins de fleurs d’ail, et les têtes sont plus petites. Ça décline, et je voyais pas pourquoi. Enfin, comme tout le monde, on blâmait la météo. Un printemps trop sec, un été trop pluvieux, pas assez de neige l’hiver pour couvrir la terre. La météo, c’est toujours le coupable facile.

Moi, j’ai continué à désherber. Il y avait de l’ouvrage, et ronchonner tout seul dans les rangs, ça change rien à la récolte.

Pendant que je ronchonnais, elle a dégainé

Ma conjointe, elle, a fait autre chose. Elle a sorti son téléphone et elle a demandé à l’IA pourquoi.

Pas juste « pourquoi mon ail est petit ». Elle lui a donné de la matière. Des photos de ce qui était beau et de ce qui l’était moins. Des échantillons décrits. L’historique de nos récoltes des dernières années. Et elle a croisé tout ça avec les données météo qu’on a eues, saison après saison, ce qu’aucun de nous deux garde en tête avec précision.

Puis elle a demandé un plan de match. Concret. Qu’est-ce qui cloche, selon toi, et qu’est-ce qu’on change l’an prochain.

Moi, dans mon rang, je carburais au ressenti. « J’ai l’impression que c’est moins bon. » Elle, à côté, elle bâtissait un diagnostic sur des affaires qu’on pouvait recouper.

Ça m’a piqué, dans le bon sens. Parce que ça fait un an que je tanne à peu près tout le monde autour de moi avec la même rengaine : adoptez le réflexe IA. Pas partout, pas tout le temps, mais ayez le réflexe.

Et pendant que je le prêchais, j’étais complètement débranché dans mon propre champ. C’est elle qui l’a eu, au moment exact où moi je l’avais oublié.

Des sentiments contre des faits

C’est ça qui m’accroche dans l’histoire.

Nous autres, humains, on fonctionne beaucoup au sentiment. « Il me semble que. » « J’ai l’impression que. » C’est pas un défaut, c’est juste comme ça qu’on est câblés quand on a les mains dans la terre et le dos en compote.

L’IA, elle, part d’ailleurs. Elle connaît pas notre terre, elle n’est pas l’agriculteur du coin, elle remplace personne. Mais elle a accès à une base de connaissances qu’aucun humain peut stocker dans sa tête. Et quand tu lui donnes tes faits à toi, tes photos, ton historique, ta météo, elle croise les deux et te ressort un regard plus complet que celui qu’on pouvait avoir, ma conjointe et moi, même à deux, même avec nos six ans dans ce champ-là.

Nous, on se basait sur des sentiments. L’IA, elle, partait de faits.

C’était pas une vérité révélée qu’elle nous ramenait, juste un point de vue basé sur du concret au lieu du feeling. Mais quand ça fait trois saisons que tu tournes en rond, un point de vue de même, c’est déjà en masse.

Le réflexe, c’est pas utiliser l’IA. C’est savoir quand, et comment

Je pense que c’est exactement ce qui devrait arriver dans les PME au Québec.

L’enjeu, c’est pas de « se mettre à l’IA » de façon générale. C’est d’avoir ce réflexe-là, précis : reconnaître les moments où ça vaut la peine de la sortir. Quand la connaissance humaine bloque. Quand tu tournes en rond. Quand t’aurais juste besoin d’un autre tour d’horizon, d’un angle que t’as pas.

Et le comment est aussi important que le quand.

Ma conjointe a pas demandé « c’est quoi la réponse ». Elle a donné des faits, des constats, de l’historique, des photos, du contexte, avant de demander un diagnostic et un plan pour endiguer la chute.

Si la réponse était bonne, c’est parce que sa question l’était. Tu donnes du flou, tu récoltes du flou.

C’est la nuance que je répète le plus souvent, parce que c’est celle qui change tout. La plupart du monde traite l’IA comme un moteur de recherche à qui on lance une question sèche. Le réflexe, le vrai, c’est de la traiter plus comme quelqu’un à qui tu donnes du contexte avant de lui demander de réfléchir avec toi.

Et le plus beau dans l’histoire : elle n’est pas geek. Elle est à l’aise avec la tech, mais elle utilisait pas l’IA au quotidien. N’empêche qu’elle a pris un abonnement, pour poser des questions, creuser un peu, comprendre, bidouiller. Et c’est juste le début.

Si quelqu’un qui n’est pas du métier, dans un domaine qui n’a rien de techno, peut avoir ce réflexe les deux genoux dans la boue, tu peux l’avoir dans ta shop aussi.

Pas juste pour cadrer et borner l’IA dans tes équipes. Pour l’utiliser. Dans tes tâches de job, oui, mais dans ta vie perso aussi. Essaie de bâtir des affaires. Pose des questions. Demande des plans de match. Partage tes photos, tes constats, ton contexte.

Et toi, c’est quoi le prochain problème que tu tournes en rond depuis trop longtemps, sans penser à en faire un diagnostic assisté par ton IA favorite?