Opérations PME
Mes trois bloquants actuels avec l'IA, et les pistes que j'essaie
J’utilise l’IA tous les jours depuis un bon bout de temps maintenant. Pas en dilettante, dans mon vrai workflow.
Et plus je l’utilise, plus je vois où ça coince. Pas dans la techno, dans la pratique. Dans la manière dont elle change ma façon de travailler, et dans les nouveaux pièges qu’elle crée à mesure qu’elle résout les anciens.
Trois bloquants reviennent souvent. Aucun n’est complètement résolu chez moi. Je te les partage avec ce que j’essaie pour les neutraliser, en sachant qu’on est probablement plusieurs à se cogner dessus.
Petite note avant qu’on commence : je parle de Claude parce que c’est l’outil que j’utilise au quotidien. Ce que je raconte ici fonctionne aussi avec ChatGPT, Gemini, Mistral ou n’importe quelle autre IA conversationnelle. La logique est la même, l’interface change.
Bloquant 1, je lance trois fenêtres en parallèle et je me perds
C’est mon plus gros piège.
L’IA répond vite. Trop vite, peut-être. Du coup, je tombe dans un pattern hyperactif : j’ouvre trois ou quatre conversations à la fois, je lance des prompts différents, je passe de l’une à l’autre.
Sur le moment, j’ai l’impression d’être ultra productif. Je couvre quatre sujets en même temps, je suis multitâche, yeah.
En vrai, je perds le fil de chacun.
Le lendemain, je retrouve une conversation que j’avais commencée et que j’ai abandonnée à mi-chemin, sans savoir où j’en étais. Le contexte est dans la fenêtre, mais pas dans ma tête. Je relis trois minutes, je tente une suite, mais le tonus initial est cassé. La moitié du temps, je laisse tomber.
Ça, c’est le revers de la médaille de la rapidité. Plus c’est rapide, plus tu en lances. Plus tu en lances, plus tu te dilues.
Ma discipline pour ça : pas plus de trois conversations actives en parallèle. Vraiment, trois maximum. Je lance un prompt dans la première, je passe à la deuxième pendant que ça mouline, mais je reviens systématiquement clore la première avant de lancer une quatrième.
L’autre habitude que j’essaie de mettre en place, c’est le wrap-up en fin de session. À la fin de chaque journée de travail (ou de chaque grosse session sur un projet), je demande à Claude de me faire un handoff en Markdown : où on en est, ce qui reste, le contexte minimal pour reprendre. Ça me permet de fermer la fenêtre l’esprit léger, et de redémarrer le lendemain sans repayer le coût mental d’aller chercher le contexte.
Je ne suis pas encore allé jusqu’à brancher ça sur un outil de gestion de projet, mais c’est dans mon stock d’idées. L’idée serait que Claude pousse les to-do directement dans Apple Notes ou dans un board de projet, sans que j’aie à recopier. (Probablement un projet de week-end pour bientôt.)
Pour l’instant, la règle des trois fenêtres me suffit pour ne pas me noyer. Si tu te reconnais dans le pattern hyperactif, essaie. Tu vas être surpris du gain de clarté.
Bloquant 2, mon disque dur ressemble à un champ de bataille
Quand on utilise l’IA pour produire, on produit beaucoup. Beaucoup de fichiers, beaucoup de versions, beaucoup d’exports.
Moi je suis un peu old school sur la lecture : j’aime bien lire un fichier Word bien formé, surtout depuis que j’ai défini des règles pour que les sorties soient propres. Du coup, je demande souvent un fichier .docx en sortie. Au début, c’est satisfaisant.
Le problème, c’est que tout ça atterrit n’importe où. Un fichier sur le bureau, un autre dans Téléchargements, Claude Code écrit dans un dossier de projet, un autre script crée un fichier dans un troisième endroit. Au bout de deux semaines d’usage intensif, mon ordinateur ressemble à un champ de bataille.
Et tu peux pas vraiment vivre avec un champ de bataille. Ça pollue tout le reste, tu cherches un fichier, tu trouves trois versions différentes, tu sais plus laquelle est la bonne.
L’hygiène de classement, déjà importante avant l’IA, devient critique. Parce que tu crées plus, plus vite, et que rien ne se range tout seul.
J’ai essayé de demander à Claude de m’aider à structurer mes dossiers. Ça marche, en partie. Il fait un travail correct, mais générique. Comme un assistant qui range tes affaires sans savoir comment toi tu classes les tiennes.
Le problème, c’est que le classement est profondément personnel. Tu as ta logique, tes catégories, ton instinct de « ça va ici parce que je vais le chercher là-bas ». Quand quelqu’un d’autre range pour toi, c’est jamais tout à fait juste, et c’est encore plus vrai pour une IA.
Ce que j’ai trouvé qui marche un peu mieux : prévoir explicitement du temps de cleanup dans la semaine. Une heure le vendredi, où je passe au travers des fichiers créés dans la semaine. Je trie, je supprime ce qui n’a plus de raison d’être, je range ce qui doit l’être. C’est pas glamour, mais c’est nécessaire.
Ce que j’aimerais essayer (et que je n’ai pas encore fait), c’est une routine d’archivage automatique. Un cron qui passerait chaque dimanche, qui regarderait tout ce que j’ai créé dans la semaine, qui me proposerait un classement, et qui archiverait après ma validation. Pas remplacer mon jugement, l’accélérer.
C’est mon prochain projet de fond. (Si tu as déjà mis un truc comme ça en place, écris-moi, je suis preneur de patterns.)
Bloquant 3, la chambre d’écho
Le troisième est le plus subtil, et probablement le plus dangereux à long terme.
Dans mes projets, j’ai pris l’habitude de mettre une « constitution » : un document qui définit les règles, le ton, les objectifs, les choses à ne pas faire. C’est pratique, ça donne du contexte stable, ça fait que Claude répond dans la bonne tonalité dès la première phrase.
Mais ça crée un effet pervers.
Si la constitution est trop rigide, et qu’elle ne bouge pas pendant que ton projet, lui, évolue, tu te retrouves avec un Claude qui te défend ton brief de départ. Brief qui a peut-être deux mois, qui est peut-être obsolète. Si tu pivotes ton modèle économique, si tu changes de stratégie, si tu apprends quelque chose qui contredit le postulat initial, et que ta constitution n’a pas suivi, tu te bagarres avec ton propre passé.
Plus tordu encore : si tu as mis dans ta constitution ce que tu voulais entendre, Claude te le ressort. C’est l’effet yes-man qu’on voit aussi sur les réseaux sociaux. Tu finis par parler à une IA qui te valide, parce que tu l’as configurée pour te valider.
Ça, c’est ce qui m’inquiète le plus. Parce que c’est invisible. Tu ne te rends pas compte que tu es dans la chambre d’écho. Tu trouves juste que Claude te comprend bien, qu’il est aligné, qu’il avance vite.
Trop bien aligné, peut-être.
Mes pistes pour ça (toutes à perfectionner).
D’abord, ne pas hésiter à enrichir la mémoire du projet en cours de route. Quand tu apprends quelque chose qui change la donne, tu le dis à Claude, tu lui demandes de l’ajouter à la mémoire. La mémoire devient vivante, pas figée.
Ensuite, faire passer des routines de cohérence. Une fois par mois, je prends ma constitution et la mémoire du projet, et je demande à Claude : « regarde ces deux documents, dis-moi ce qui est dissonant, ce qui devrait être mis à jour à la lumière de ce qu’on s’est dit cette semaine ». Ça force le décalage à apparaître, plutôt qu’il pourrisse en silence.
Enfin, et c’est probablement le plus important : explicitement dire à Claude que je préfère qu’il me contredise plutôt qu’il me berce. C’est dans ma propre version de la voix que j’utilise, c’est même un point central. Si Claude valide trop facilement, je sais qu’il y a un truc qui cloche. Soit la mémoire est trop yes-man, soit moi je formule mal mes idées.
Le risque de la chambre d’écho est réel, et il est insidieux. Je n’ai pas de recette miracle, juste des contre-mesures.
Voilà où j’en suis
Trois bloquants ouverts. Aucun complètement réglé.
Le multitasking, je m’auto-discipline, ça marche moyennement. Le classement, je nettoie à la main, je rêve d’automatiser, j’ai des idées. La chambre d’écho, je me méfie, je passe des routines, je ne suis jamais complètement tranquille.
Si tu utilises l’IA tous les jours, je suis quasi sûr que tu te reconnais dans au moins un des trois. Probablement les trois.
Et toi, c’est quoi tes bloquants? Pas ceux qu’on lit dans les articles d’opinion, ceux que tu rencontres pour vrai dans ta semaine? Je suis curieux d’échanger là-dessus, parce que je suis sûr qu’il y en a d’autres que je ne vois pas encore.