Il y a un moment précis, en vélo, où une sortie bascule. Tu roules bien, les jambes répondent, tu es dans ta bulle. Et là tu tournes un coin. Le vent t’arrive de face. Pas une petite brise, un mur. D’un coup, le plaisir s’évapore et il reste juste toi, ton guidon, et trente minutes de combat que t’avais pas commandées.

J’aime l’effort. (pour vrai, je suis du genre à choisir la côte plutôt que le détour plat) Ce que j’haïs, c’est pas la difficulté. C’est le non-plaisir. Me battre vingt kilomètres contre un vent dont j’ignorais tout en partant, en sachant que dans l’autre sens, j’aurais eu du fun.

À Québec, le vent, c’est pas un détail. Il vient souvent du sud-ouest, il remonte le fleuve, et selon le bord où tu roules, il décide pas mal de ta journée. Alors je me suis tanné, et j’ai décidé de regarder ça pour de vrai.

Ce que je voulais vraiment savoir

La bonne question, ce n’était pas comment éviter le vent. On l’évite pas, il est là. La vraie question, c’était de savoir d’où il va souffler dans les prochaines heures, et d’organiser ma sortie autour.

Parce qu’il y a un truc tout simple que tout cycliste apprend à la dure: pars face au vent, reviens vent dans le dos. Sur un aller-retour, ça change tout. Tu donnes ton effort au début, quand t’es frais, et tu te fais pousser au retour, quand t’es cuit. Le même parcours, le même vent, mais une sortie agréable au lieu d’une corvée.

Le problème, c’est que cette décision-là, on la prend rarement avant de partir. On regarde le ciel, on se dit que ça va aller, et on improvise. (moi le premier, pendant des années) Je voulais transformer ce réflexe d’expert en quelque chose que je vois d’un coup d’oeil, avant de mettre le casque.

Comment je l’ai bâti

L’idée tient en une phrase: croiser deux choses qui existent déjà chacune de leur bord, mais que personne ne regarde ensemble.

D’un côté, des parcours. De vrais tracés, en fichiers GPX, une dizaine de boucles et d’allers-retours autour de Québec, du tour de l’Île d’Orléans aux chutes Montmorency en passant par le bord du fleuve à Lévis.

De l’autre, le vent des prochaines heures. Et là, belle surprise, cette donnée-là est gratuite et accessible. Je m’appuie sur Open-Meteo et sur les prévisions d’Environnement Canada, mises à jour en continu. J’utilise deux modèles plutôt qu’un, parce que parfois ils ne sont pas d’accord. Et ça, c’est une information en soi: quand les deux concordent, je pars confiant, quand ils divergent, je sais qu’il faut rester prudent.

Le reste, c’est de la visualisation. Une carte, les parcours classés selon un indice de vent, et pour chacun une phrase qui me dit dans quel sens partir et la meilleure fenêtre des prochaines heures. Quand je clique un tracé, il se colore: vert là où le vent sera dans mon dos, rouge là où il sera dans ma face. (la première fois que j’ai vu ça s’afficher, j’ai souri tout seul devant mon écran) Je vois ma sortie avant de la vivre.

Ça s’appelle Où aller rouler à vélo ?, et pour l’instant ça couvre seulement la région de Québec. C’est volontaire. Je préfère un outil qui fait une chose bien sur mon terrain qu’un outil flou qui couvre tout et n’aide personne. Tu peux l’essayer ici: velo.00h11.ca.

La vraie leçon, et elle dépasse le vélo

En le bâtissant, ce qui m’a frappé, c’est pas le vélo. C’est à quel point c’est devenu accessible.

Il y a aujourd’hui une quantité folle de flux de données gratuits, fiables, rafraîchis en continu. La météo n’est qu’un exemple parmi des dizaines. Avant, croiser tout ça et le rendre lisible demandait une équipe et un budget. Là, un soir, sur un besoin personnel, j’ai pu coller mon expertise par-dessus une donnée publique et voir quelque chose que je ne voyais pas avant.

Ça devient intéressant pour n’importe quelle PME, d’ailleurs. On pense souvent qu’un projet de données, ça doit être gros, ambitieux, transformateur. Faux.

Ce qui change une décision, c’est un micro-projet qui apporte une ou deux bonnes informations, au bon moment, à la bonne personne.

Le bon chiffre la veille d’une commande. Le bon signal avant un appel client. La bonne fenêtre avant de partir rouler.

Le vent dans la face, c’est mon exemple à moi. Mais c’est la même mécanique pour le patron assis sur ses données de ventes sans jamais les faire parler, ou pour le gestionnaire d’immeubles qui pourrait voir venir une facture d’énergie avant qu’elle tombe. (deux mondes que je connais un peu) La matière première est là, gratuite. Ce qui manque, c’est quelqu’un qui prend le temps de la brancher sur un vrai besoin.

Et si on étendait la carte ?

Mon outil règle un problème minuscule: où rouler à Québec un mardi soir venteux sans finir découragé. C’est tout, et c’est correct comme ça.

Si tu roules ailleurs au Québec, j’aimerais l’agrandir avec toi. Envoie-moi une dizaine de parcours GPX de ta région, par courriel ou sur LinkedIn, et je les intègre avec plaisir pour ajouter ta zone à la couverture. Le projet vit mieux à plusieurs.

Et en attendant, je te laisse avec la question qui m’a lancé là-dedans, version transposée à ton monde à toi: quel flux de données gratuit dort juste à côté de ton expertise, en attendant que quelqu’un le branche?