Il y a des projets qui cochent toutes les cases d’un coup. Ceux-là, je les appelle des projets bingo.

Celui dont je veux te parler, c’est une carte interactive du futur tramway de Québec. Le long du tracé, elle montre combien de gens vivent autour de chaque station et ce que vaut le quartier, et même où il resterait de la place pour bâtir. Au départ, juste un bricolage de fin de semaine. À l’arrivée, un truc qui a fini par cocher à peu près toutes mes cases en même temps.

Je te raconte comment, et surtout pourquoi.

Pourquoi ce sujet me collait à la peau

J’ai passé des années dans la donnée. À la nettoyer, à la creuser, et surtout à la mettre en image pour qu’elle parle à du vrai monde. Aujourd’hui, je gravite dans le monde des données. Et en dehors des heures de bureau, je reste un gars qui aime sa ville et qui est pas mal curieux de ce qui s’en vient pour elle.

Le tramway, forcément, ça me rejoignait direct. C’est le sujet qui fait jaser tout Québec, celui sur lequel tout le monde a son opinion (toi le premier, j’te gage). Le prendre et le regarder par le petit bout de la donnée, c’était presque tricher tellement ça tombait sous le sens. Le genre d’évidence qui te tombe dessus un samedi matin, entre deux cafés.

C’est exactement le type de projet qu’on aurait monté à 04h11, mon ancienne boîte. Sa raison d’être tenait en une ligne : rendre l’information accessible à du monde qui n’est pas expert. 04h11 a fait son temps, mais cette idée-là m’habite encore. C’est elle que je continue de promener, version solo, le samedi, sous le nom de 00h11.

La matière première : des données ouvertes et fiables

Voici la vraie bonne nouvelle, celle qui a tout changé depuis quelques années : on peut s’appuyer sur des sources solides, publiques et gratuites.

Pour savoir combien de gens habitent vraiment autour du tracé, j’ai pris le recensement 2021 de Statistique Canada. Du costaud, du vérifié, accessible à tous. Pas une estimation maison gonflée au doigt mouillé, de la population réelle, répartie sur le territoire. Pour la valeur des bâtiments et l’usage des terrains, je suis allé fouiller dans le rôle d’évaluation foncière du Québec, ouvert lui aussi en données publiques. (le même rôle qui sert à calculer ton compte de taxes, oui oui.)

Aucune licence à acheter, aucun accès privilégié à quêter. La matière première était déjà là, posée sur la table, prête à être travaillée. Il fallait juste se donner la peine d’aller la chercher et de la faire parler. Et ça, c’est nouveau. Il y a dix ans, ce même projet aurait demandé des semaines de négociation pour mettre la main sur la moitié de ces chiffres.

Les outils libres et l’IA, pour rester sur l’histoire

Côté construction, même logique. Les librairies de cartographie et de visualisation libres sont rendues tellement bonnes qu’on peut bâtir un projet ambitieux de bout en bout sans payer de licence, et sans réinventer la roue.

Ce qui est précieux là-dedans, ce n’est pas la technique. C’est le temps et l’énergie que ça te libère pour le vrai cœur du projet : l’histoire que tu veux raconter, le scénario, le choix de ce que tu montres.

Un projet de données réussi, c’est d’abord une longue suite de décisions sur ce qu’on choisit de ne pas montrer.

Et l’IA, dans tout ça ? Elle ne fait pas le projet à ta place, qu’on se le dise. Elle ne remplace ni ton jugement ni ta connaissance du sujet. Mais elle accélère pour vrai. Elle m’a aidé à dégrossir, à tester une intuition, puis à la jeter quand elle tenait pas la route. Son meilleur service, c’est peut-être celui-là : jouer l’avocat du diable, challenger mes choix, me forcer à itérer plus vite que si j’étais tout seul dans ma tête. Le projet a avancé par petites passes successives, et chaque passe me rapprochait de l’histoire que je voulais vraiment raconter. On est loin du bouton magique qui crache un résultat fini. On est plutôt dans l’atelier, avec un complice qui te tend les outils et qui ose te dire que ton idée est croche.

Les chiffres comme invitation, pas comme matraque

Si je devais ne garder qu’une seule idée de toute cette aventure, ce serait celle-ci :

Quand tu présentes un projet, les données sont ton meilleur allié.

Un message qu’on répète en boucle finit par glisser sur le monde sans laisser de trace. Un rapport de quarante pages se range dans un tiroir sans même s’ouvrir. Des chiffres bien choisis, mis en image, avec lesquels la personne peut jouer elle-même, ça raconte une tout autre histoire. Ça offre un point de vue au lieu de l’imposer. Le lecteur explore à son rythme, et au bout du chemin, il comprend par lui-même au lieu de te croire sur parole.

Et ce réflexe-là déborde largement de mon petit tramway de fin de semaine. Que tu sois une PME, un OBNL ou une multinationale, tu es assis sur un potentiel que tu connais souvent mal et que tu expliques encore moins bien. Mets-le en valeur et explique-le. Rends-le compréhensible avec des chiffres honnêtes, et donne aux gens de quoi l’explorer par eux-mêmes. Tu vas y gagner en engagement et en compréhension, presque à tout coup.

La carte du tramway, elle est là si tu veux jouer avec : tramquebec.00h11.ca. Regarde ton quartier, teste ton adresse, vois ce qui se cache à dix minutes de marche de chez toi.

Moi, ce projet bingo m’a rappelé pourquoi j’aime cette discipline. Et toi, c’est quoi le potentiel que tu as sous la main et que personne autour de toi ne voit encore vraiment ?


Sources

  • Recensement de 2021, Statistique Canada (données ouvertes).
  • Rôle d’évaluation foncière du Québec (données ouvertes).
  • La visualisation interactive : tramquebec.00h11.ca